|

© Jean-Baptiste Millot
Instrumentation atypique, écriture novatrice, avec Vertigo Songs, Perrine Mansuy se place à la croisée des chemins – pop, jazz, improvisation, musique instrumentale, chanson. Cette musique hybride se déploie en une forme nouvelle, ou plutôt en une perpétuelle mutation des formes. Percussions, guitare et samples, piano, voix : elle chahute les règles du quartet jazz et fait le pari d’une conversation à quatre dans laquelle le piano trouve un nouvel écrin orchestral. La voix, le texte n’imposent pas une architecture aux morceaux. Au contraire, ils sont entraînés dans le mouvement de la musique ; décentrés, ils perdent pied pour trouver une place plus juste, celle d’un brillant second rôle. Vertige de la transformation, du surgissement du familier - une ritournelle émerge du flux, comme une évidence, un point d’ancrage intime – ces chants du vertige puisent dans les souvenirs d’enfance, dans ces histoires que l’on raconte, dans la matière des rêves. Ils ont le tempérament cinématographique, ils entrelacent timbres, contes et couleurs dans un récit ludique et voyageur. « En duo, en trio, ma musique s’est enrichie au fil des rencontres, le choix de cette nouvelle formation est le fruit de ce parcours. La présence de la voix tout d'abord, tantôt narratrice, tantôt instrumentiste, percussive ou bien mélodiste, avec toutes les possibilités qu'elle offre. Les percussions, car elles permettent de signifier beaucoup tout en restant minimalistes et préservent ainsi le son du groupe. Enfin, avec la guitare et l’imprégnation de l’univers électroacoustique se forment des improvisations très interactives. » Perrine Mansuy
Pour avoir déjà évoqué la permanente présence d'émérites pianistes (femmes) tout au long de la déjà longue histoire du jazz (liner notes de l'album précédent de Perrine Mansuy, “Mandragore et noyau de pêche”, Ajmiseries AJM 15) je n'y reviendrai pas ici. Plus important me paraît être d'insister sur l'incontestable confirmation du développement et de l'épanouissement d'un univers très personnel, poétique et ludique, magnifiquement inspiré.
Univers que partagent (et construisent collectivement avec elle) ses partenaires/complices, très au-delà d'une simple fonction d'accompagnateurs. Pas étonnant donc que rayonne au fil des plages un constant équilibre (fragile et fort à la fois, ce n'est pas incompatible) et un sentiment de grande liberté.
Car si le jeu de piano de Perrine Mansuy s'inscrit, et c'est normal, dans une filiation repérable (je ne citerai pas de noms mais rappelerai seulement que, points de départ, “Kind of blue” de Miles Davis et “Standards 1 &2” de Keith Jarrett ont influencé son itinéraire) il affirme de plus en plus son indépendance et sa mise au service d'un authentique projet musical dont la finalité est bien l'édification sensible d'un monde parallèle où cohabitent avec bonheur certains éléments de plus en plus absents de notre environnement quotidien. Comme une sorte de “jardin extraordinaire” à la Trénet, lieu de tous les possibles et du champ libre ouvert à l'imagination. Un endroit où rêver, musarder et conserver (retrouver) son âme d'enfant. Et rire aussi car, si l'émotion est souvent forte, l'humour et la fantaisie ne sont pas absents de plus d'une des interprétations proposées (“Tango juice”). Le traitement, espiègle, du “Rhythm-a-ning” de Thelonious Monk se révéle, en ce sens, d'une rare (im)pertinence mais, oh combien, vrai et juste en regard des images connues du personnage (cf. Le film “Straight, no chaser” de Charlotte Zwerin et Bruce Ricker). Cette respectueuse capacité de faire cohabiter les sentiments les plus contraires constitue l'une des clés de la réussite d'un projet qui a le mérite de rompre en douceur (mais avec une ferme conviction) avec nombre d'approches convenues d'un champ jazzistique dont on a de plus en plus de mal à fixer les limites. Or, s'il est une certitude qui se dégage de l'écoute de cette musique c'est bien qu'elle relève de l'esthétique qui nous est chère. A sa manière et dans ce qu'elle a de plus essentiel, à savoir l'affirmation d'une voix qui, au-delà des emprunts et des réminiscences, fonde une identité. Modèles et sources d'inspiration sont ici parfaitement digérés au seul bénéfice d'une musique neuve, fraîche, touchante et d'une infinie tendresse (“Smile”). Dont la moindre des vertus n'est pas de s'autoriser l'expression de plaisirs délicieux, de sentiments subtils et d'émotions sincères. Comme une généreuse offrande dont il serait regrettable, pour nous auditeurs, de s'interdire de la partager.
Jean-Paul Ricard
Albums
 Perrine Mansuy Vertigo Songs 2011 - Ref. : LJ16
|
Booking
 |
Nemo Music 31 rue de la Haute Musse 44770 Préfailles - FRANCE Mobile Phone : +33 (0)620 761 010 François Peyratout : fr.peyratout[at]nemomusic.com www.nemomusic.com
|
|